
Sur Terre, lanarchie est devenue
manière de vivre. Une anarchie très spéciale cependant, régie
par de mystérieux ordinateurs Kirlian. Et cette Terre affronte
une race dextraterrestres pour qui la conquête de notre
planète fait partie dun Jeu passionnant,
radicalement destructeur.
Le grand joueur Slua-Ig est satisfait. Ses vaisseaux
foncent vers la Terre, la partie est presque achevée... et gagnée!
Mais voici que la tactique extraterrestre, dune
logique plus-que-parfaite, se heurte à un obstacle imprévisible: la colossale et
anarchique complexité du cerveau humain.
Les règles du jeu volent
en éclats!

Critique de Sylvain Gay :
Van Vogt
(1912-2000) était un auteur de Science Fiction très curieux. Adulé dans les années 40
et 50, il est un peu oublié aujourdhui. Auteur de plusieurs textes classiques comme
« Le Monde des non-A » (1948), « La faune de lespace »
(1950), « A la poursuite des Slans » (1951), ou la nouvelle « Le village
enchanté » (1950), ses derniers romans publiés sont quasiment illisibles et
« Le colosse anarchique » fait indubitablement partie de cette catégorie.
Cest mal écrit, mal construit, souvent incompréhensible et finalement assez
ennuyeux.
Cependant,
ce livre a quand même un intérêt : lauteur tente délaborer une société
future anarchiste. Il sen explique dans son introduction dont voici les premières
lignes :
« Dans ce roman, jai pris
pour base que la nature même de lhumanité, et particulièrement celle de
lhomme, comme on la observé depuis bien longtemps, ne tend pas à
saméliorer. Ainsi ma question nétait pas : quel degré de perfection
pouvons-nous espérer à partir des agissements humains ? Mais plutôt : quelle sorte de
technologie serait nécessaire pour maintenir un système danarchisme en tenant
compte de la conduite déplorable du genre humain ? »
(Page 7 de
lédition Albin Michel.)
Pour
lauteur, lanarchisme est donc un idéal très élevé et il va tenter de lever
à sa façon ce que jappelle le « Dilemme de Versins » qui dit que :
« Lanarchie est à notre
goût cette forme de pensée politique selon laquelle nous naurions pas besoin de
gouvernement si tous les hommes étaient bons, honnêtes et intelligents. » (David Friedman rajouterait « et si les crocodiles volaient. » )
On savait
déjà que Van Vogt ne porte pas forcément lEtat en haute estime. Deux de ses
romans les plus connus « Les armureries dIsher » (1951) et « Les
fabricants darmes » (1952) décrivent un futur lointain dans lequel le pouvoir
de lEmpire est contrebalancé par une guilde darmuriers dont la devise est
« être armé, cest être libre ». Tout un programme...
La trame du
roman « Le colosse anarchique » est constituée par larrivée imminente
dune flotte de vaisseaux extraterrestres dont le but est de conquérir la Terre. Ces
extraterrestres, les Igs, pratiquent un jeu qui consiste à détruire les races
quils jugent inférieures. La conquête de la Terre semble facile car les équipages
des vaisseaux censés la protéger sont sous le contrôle hypnotique des Igs...
Du point de
vue politique qui nous intéresse ici, lEtat sur Terre nexiste plus du tout. A en croire les rares informations
dispersées dans le livre, des « anarchistes dextrême-droite » (sic)
ont inventé des machines qui surveillent sans répit la population et qui rendent
inconscients pour une durée variable les personnes commettant un délit. Ces
« ordinateurs Kirlian », du nom de l« effet » Kirlian
réagissent aux modifications des émotions humaines. Si les ordinateurs jugent
laffaire trop grave, on peut être envoyé dans une « école de
rééducation ».
A part ça,
les gens sont libres...
Ainsi, par
exemple, dans les magasins les clients mettent deux-mêmes largent réglant
leurs achats dans les caisses enregistreuses (ils y ont intérêt ! ) Van Vogt a inventé
un totalitarisme anarchiste technologique.
Dans cette
société future, certaines personnes vivent selon les principes capitalistes,
dautres se disent communistes (ils réclament que lon modifie la programmation
des ordinateurs pour que seules les personnes ne partageant pas lidéal communiste
soient rendues inconscientes...), etc. mais lauteur ne rentre pas dans les détails.
Bien sûr
les extraterrestres ne réussiront pas à envahir la Terre car au dernier moment certains
dentre eux se révolteront et inonderont dordinateurs Kirlian leur planète
natale, les extraterrestres se convertissant à ce drôle danarchisme technologique
! Pauvres extraterrestres !
En
conclusion, voici un roman fort mal écrit et dont lintérêt principal est de
montrer que les anarchistes eux-mêmes savent bien que leur idéal est totalitaire.
Sylvain Gay propose d'autres critiques de "...romans
de science-fiction ayant un rapport avec la liberté, le libéralisme, l'anarchisme et
toutes ces sortes de choses."
Sur le site Urgesat !
Science Fiction